Annecy : Graduer la scénographie

8 octobre 2026
Grâce à la Cité internationale du Cinéma d’Animation, les anciens Haras d’Annecy ont changé de dimension.

1. Quand la scénographie se glisse dans l’architecture

Grâce à la Cité internationale du Cinéma d’Animation, les anciens Haras d’Annecy ont changé de dimension. Lieu patrimonial longtemps introverti, le site devient aujourd’hui une nouvelle adresse culturelle, ouverte, vivante et capable d’accueillir une grande diversité d’usages. Pour dUCKS scéno, qui a accompagné le projet aux côtés de l’agence DDA (Devaux & Devaux Architectes), l’enjeu était moins d’installer une scénographie dans des bâtiments existants que de penser, dès l’origine, des architectures « scénographiables » : appropriables, capables et transformables.

Cette approche part d’une conviction : la scénographie de bâtiment ne se résume pas à l’équipement scénique d’une salle de spectacle. Elle consiste à rendre un espace capable d’accueillir des usages multiples, d’évoluer avec eux et, parfois, de se réinventer. Visiteur, spectateur, régisseur, exposant, conférencier, festivalier ou promeneur : chacun doit pouvoir trouver sa place dans des espaces qui ne sont jamais totalement figés.

2. Doser plutôt qu’équiper

Dès les premières réflexions, dUCKS scéno a privilégié une approche scénographique transversale, croisant architecture, paysage, technique et usages. Le principe directeur est simple : doser graduellement les interventions scénographiques.

La scénographie est ainsi présente partout dans la Cité, mais elle ne s’impose jamais. Elle se glisse dans l’architecture avec justesse, en fonction de la vocation de chaque lieu :

  • Ici, l’espace lui-même suffit à offrir des potentialités.
  • Là, une infrastructure scénique primaire et flexible permet d’accueillir facilement expositions, salons ou événements.
  • Et, dans la salle de projection, l’équipement devient une véritable boîte à outils scénographique, capable de transformer radicalement le lieu.

Cette gradation de la scénographie permet de préserver l’identité architecturale et patrimoniale des Haras tout en leur donnant une capacité nouvelle : être différents à chaque événement, à chaque saison, à chaque public.

3. Une salle de Projection/cinéma certes ! Mais transformable !

C’est dans la nouvelle salle de projection que cette ambition trouve son expression la plus aboutie. Derrière son apparente simplicité se cache une véritable architecture en mouvement, capable de passer rapidement d’une salle de cinéma à un espace d’exposition, de création, de conférence ou de spectacle.

Au cœur du dispositif, la tribune télescopique agit comme un curseur spatial. Elle se déploie, se replie ou s’arrête dans différentes positions pour faire varier la jauge et les proportions de la salle. Jusqu’à 332 spectateurs assis ou 500 personnes debout, avec une scène, une exposition ou un hackathon. La tribune est un élément actif de l’architecture et de la scénographie, son palier supérieur pouvant se transformer en une passerelle publique, sorte de promontoire accessible par le haut, avec vue plongeante sur les manifestations. Ici, le même volume change d’échelle et de fonction sans perdre sa cohérence.

Les grandes parois vitrées participent elles aussi à cette transformation. Ouverte sur les Haras et baignée de lumière naturelle pour les usages diurnes, la salle peut basculer dans l’obscurité totale grâce à de grands rideaux d’occultation latéraux. L’occultation devient alors un véritable geste scénographique : comme un lever de rideau inversé, le lieu quitte peu à peu son rapport au site pour devenir une boîte noire dédiée à l’expérience cinématographique.

Au-dessus du plateau, le faux-gril technique prolonge cette logique. Rails, perches et porteuses coulissantes motorisées offrent les possibilités d’accrochage, de levage et d’éclairage nécessaires aux différents usages. L’écran lui-même peut être déplacé et escamoté, tandis que les réseaux audio, vidéo et lumière sont conçus pour accompagner les pratiques actuelles et leur évolution.

La cabine de projection devient quant à elle un véritable poste de commande, capable de gérer aussi bien une projection cinéma qu’un spectacle ou une conférence. Dimensionnée avec la salle et l’écran pour répondre aux exigences de labellisation cinéma du CST, elle accueille les équipements de projection et organes de sonorisation tout en pouvant se compléter d’une position de régie ouverte sur la tribune.

Ainsi, la salle ne choisit pas entre cinéma et spectacle : elle rend possibles les deux ! Loin de la boîte noire générique, elle devient une salle à géométrie variable, profondément inscrite dans le site des Haras et capable de s’en abstraire lorsque l’événement l’exige.

4. Équiper sans dénaturer

Cette philosophie de gradation scénographique se poursuit dans le Manège et la Galerie de l’Animation. A l’intérieur de ces bâtiments patrimoniaux, l’objectif n’était pas de multiplier les équipements, mais de trouver le juste niveau d’infrastructure scénographique

Dans le Manège, la généreuse nef et ses 620 m² de plain-pied offrent la première ressource scénographique : un vaste volume qui valorise sa charpente historique. Un faux-gril tramé, des ponts et des rails d’éclairage, ainsi que des caniveaux techniques viennent s’intégrer et compléter cette architecture pour faciliter l’installation d’expositions, de décors, d’œuvres monumentales ou de dispositifs audiovisuels. La technique reste discrètement et assumées en arrière-plan : le bâtiment demeure lisible, mais il est désormais équipé pour être appropriable.

Dans la Galerie de l’Animation, installée au cœur des anciennes écuries du bâtiment G, la même logique prévaut. Lisses d’accrochage calepinées, rails électriques, caniveaux et boîtiers de raccordement constituent une infrastructure discrète et judicieuse, capable d’accompagner l’installation des expositions et des dispositifs muséographiques. Ici encore, la scénographie ne cherche pas à remplir l’espace : elle lui donne les moyens d’être investi, transformé et réinventé.